Mardi 19 août 2008

par Bernard Dugué
http://fulcanelli.vox.com/

 


Croissance en berne, profits et propagande en hausse
François Fillon ne ménage pas sa peine, il a convoqué quelques ministres tirés de leurs vacances pour travailler plus et se mettre au chevet de la croissance puisque les mauvais chiffres de l’Insee ont parlé. Le PIB a reculé de trois dixièmes de points. Est-ce grave Docteur ? Oui et non, tout dépend où on se place. Et pour nos gouvernants, cette nouvelle a jeté un froid si bien que ces dixièmes sonnent le tocsin à l’instar des morts décomptés pendant la canicule de 2003. Cette fois, on ne pourra pas reprocher aux ministres de ne pas être sur le pont. Mais est-ce bien utile, cette urgence pour des phénomènes et processus dont les effets prennent des années. Pour comprendre cette baisse du PIB, il y a les discours officiels, masquant souvent les réalités, et les analyses à partir des faits.

1. Les chamans de l’économie

Il fut un temps où la croissance économique, du moins son équivalent antique, était liée aux productions agricoles. Et comme il faut de la pluie pour faire pousser les végétaux, un spécialiste était chargé d’invoquer les esprits pour que l’eau tombe du ciel. On l’appelait le chaman. En 2008, si l’économie est rationnelle, les chamans n’ont pas disparu. On fait appel à eux pour doper la croissance et faire pleuvoir les milliards d’euros de PIB. Sarkozy, chef d’Etat et donc des chamans, avait chargé le chaman Attali de produire un document qui, s’il est appliqué, devrait permettre d’augmenter cette maudite croissance qui pèse sur le pouvoir d’achat des Français. Enfin, mieux vaudrait être précis et honnête, c’est le pouvoir d’achat qui pèse sur la croissance comme on pourra s’en convaincre. Pour l’instant, les chamans se sont réunis à Matignon. Français Hollande les a admonestés en leur enjoignant de prendre des mesures d’urgence pour remonter la croissance et ne pas désespérer les Français. François Hollande croirait-il au chamanisme ? Non, en réalité, il joue son rôle d’opposant politique et, sur un dessin humoristique, on pourrait le croquer en bon samaritain donnant à un Sarkozy déguisé en Christ l’ordre de ressusciter un cadavre dénommé Lazare Croissance ! C’est sûr, François Hollande joue au PS le rôle de bouffon utile et, d’ailleurs, ce poste devrait être officialisé au sein de l’appareil rue de Solferino. Aux côtés des chargés de la défense, l’éducation, les relations avec le Parlement, la culture, officie un bouffon utile auprès des médias.

2. Faut-il craindre une récession ?

Attention, consigne de sécurité médiatique et de verrouillage sémantique. Interdit de prononcer le mot récession. Ce mot est doté de pouvoirs magiques, influant sur le moral et déprimant les psychismes. Autre vocable interdit, rigueur. Il n’y a pas de politique de rigueur, même si les classes moyennes ne sont pas vernies par les temps qui courent. Pour parler franchement, il est techniquement impropre de parler de récession. Ce serait comme annoncer au poker un brelan alors qu’on ne dispose que d’une paire. La récession est définie techniquement comme la persistance d’une croissance négative pendant deux trimestres. Les économistes auraient pu très bien convenir que trois, ou bien quatre trimestres de croissance négative définissent une récession ; mais c’est deux et donc pas un. Attendons trois mois et si le PIB est encore en baisse alors il y aura récession. Est-ce si grave ? Non, pour preuve, la Malaisie a vu son PIB décroître de 3 points en l’espace de six mois mais elle a rebondi et, un an plus tard, la croissance affichait un rythme de 8 points annuels. Néanmoins, cet exemple ne prouve rien puisque ce trou d’air économique fut déclenché par une crise financière régionale. Ce qui peut être généralisé, c’est l’impact de la finance sur cette crise en 1998, comme celle bien plus ample et internationale de 2008 liée pour une part aux banques américaines et aux crédits douteux. L’avenir dira si une récession est au bout. Ce n’est qu’au final d’un processus qu’on connaît le résultat.

3. Les causes internationales d’un PIB en berne

Les Chinois, vexés par l’attitude des Français, ironisent dans les rues de Pékin. Que veut dire PIB en France ? Eh bien, ça signifie, production industrielle en berne ! Et pan sur le bec de ces Frenchies qui n’ont pas été clean lors du passage de la flamme olympique. Les Chinois peuvent bien pavaner, ils comptent le plus de médailles d’or aux JO et, en plus, ils sont médaille d’or de la croissance aux olympiades économiques des grandes nations. Avec un PIB frôlant les 10 points pour le premier semestre 2008, après les 11 points de 2007. Quant à l’Inde, la Russie, un chiffre de 8 est plausible pour cette année, comme le Vietnam. Emergentes ou presque développées, nombre de nations moyennes sont dans une fourchette plus qu’honorable. Tunisie, Chili, Venezuela, Pérou, Indonésie, Ukraine, Turquie, Kazakhstan, Iran, Philippines… se situent dans les projections entre 5 et 7 points de progression. Le ralentissement concerne alors plus spécialement les pays très développés et formant le noyaux dur de l’OCDE (datant des années 1960) ; en fait, ceux dont le développement est le plus ancien, quelle que soit la zone géographique, Nouvelle-Zélande, Japon, Etats-Unis, Europe de l’Ouest. Il est donc fallacieux de présenter, comme le fait la presse, les causes de la récession comme étant mondiales. A se demander si nos journalistes ont reçu des consignes ou bien obéissent avec une ferveur toute zélée au déni de réalité. Voilà le raisonnement sous-entendu. Le PIB mondial baisse d’un point, passant de 4.5 à 3.5 et, donc, si la France est en récession, c’est la faute à la situation internationale. Alors que la logique est tout autre. C’est parce que la croissance de la France, de l’Europe, des States, diminue que, par le calcul de la moyenne, la croissance mondiale baisse. Ce sont donc les nations avancées qui font chuter une économie mondiale qui elle, se portant pas trop mal, permet au contraire aux pays avancés de limiter la casse et d’éloigner le spectre de 29.

4. Les causes endogènes de la baisse du PIB

Si les PIB des nations européennes, et des Etats-Unis, sont en berne, c’est sans doute dû à des fondamentaux et aux conséquences des structures économiques et financières résultant des pratiques qui ne datent pas d’hier. Tout se joue sur des années, voire une décennie. Le PIB, ou produit intérieur brut, mesure (en valeur) la quantité de biens et services produits par un pays en une année. Ce chiffre n’a pas de lien obligatoire avec le bien-être individuel et encore moins avec le bien-être collectif étant entendu que les écarts de revenus n’apparaissent pas dans le résultat final. Le PIB se calcule en additionnant la valeur ajoutée liée aux productions, ou alors la demande ou enfin les revenus. Il est raisonnable de penser que ce qui est produit sera consommé, par les citoyens, les entreprises, les administrations, l’Etat, ainsi que les pays étrangers. Car les valeurs produites par l’exportation des productions entrent dans le calcul auquel on soustrait évidemment les importations. Ce n’est pas un hasard si la chute du PIB français intervient dans un contexte de déficit commercial. Même tendance en Allemagne et dans toute la zone euro. Voilà donc l’une des deux causes principales de la baisse de la croissance en Europe. L’appréciation de la monnaie européenne pénalise les exportations et facilite les importations. Mais ce n’est pas la seule cause ni même la première. Observons les States. Là-bas, la chute du PIB est importante malgré un dollar faible qui aurait dû booster les exportations américaines. Il faut chercher ailleurs, du côté des subprimes et autres investissements risqués.

L’opinion croit que ce sont les banques qui entraînent la récession. En fait, la nature exacte du phénomène est habilement cachée. La baisse du PIB est due à une mauvaise distribution des revenus. Le chômage technique risque de se généraliser, les pêcheurs de tourteau sont restés à quai, les gens n’ont plus de sous. Cette situation résulte de l’accaparement des revenus par les classes supérieures, actives ou rentières. Haut revenus tirés de professions à hautes valeurs ajoutées, montages financiers, jeux spéculatifs, micro-économie en réseaux, etc. Avec pour conséquence la circulation de la monnaie disponible dans des vortex et sa disparition dans le trou noir des achats spéculatifs, fonciers, des industries du luxe, des enchères d’art, etc. Porsche ne s’est jamais aussi bien porté qu’actuellement, générant des bénéfices records. Quant à la montée de l’immobilier, due aux crédits faciles, aux afflux de liquidités, aux exploitations des locataires, aux spéculations foncières, cette montée engendre une destruction de monnaie. Un bien acheté 100 000 euros puis revendu 150 000 euros deux ans plus tard soustrait 50 000 euros de monnaie du circuit économique (abstraction de l’inflation). La baisse du PIB est donc la cause, aux Etats-Unis et en Europe, de la politique économique (ou de son absence) menée par les Etats, pour le bénéfice des classes supérieures, avec une destruction de monnaie et, donc, perte de pouvoir d’achat généralisée qui entraîne une baisse de consommation. A noter aussi l’impact des matières premières dues à la demande, mais, là, si on met de côté la spéculation, il n’y a pas matière à condamner cette tendance car c’est le signe que d’autres pays se développent, notamment la Chine qui montre l’exemple en adossant la croissance pas seulement à l’exportation, mais aussi et surtout à la consommation intérieure.

5. L’importance de la propagande

A la question sur une marge de manœuvre pour corriger la situation, on répondra que c’est envisageable moyennant une mesure efficace, mais qui déplaît aux élites, ainsi qu’aux peuples manipulés par une doxa et une propagande très efficace. Cette possible solution, c’est de créer une monnaie éthique, sorte de planche à billet destinée à renflouer la casse sociale. Ce ne sont pas les demandes de biens et services qui manquent et sont insatisfaites faute de solvabilité (solidarité, éducation, culture, civilisation). L’autre vérité qui pourrait créer des troubles, ce serait la mise à jour de cette destruction de la croissance par les profiteurs du système avec la bénédiction et même la facilitation des Etats. Si les gens savaient et avaient encore un peu d’honneur, il se produirait une insurrection et ce n’est pas une bonne chose car la banque de la colère n’apporte aucun dividende politique, idéologique. Voilà pourquoi le gouvernement se porte au chevet des classes moyennes, celles qui ont les moyens de se révolter. Prime à la cuve, aide aux transports, de quoi colmater la fronde qui gronde. Aux yeux du public, le gouvernement se devait d’être sur le pont ce 18 août 2008 pour montrer sa bonne volonté à conjurer la crise (18/08/08, ah ce fameux chiffre 8). Le RSA pourra bien attendre et le gouvernement rester serein. Les pauvres ne se révoltent plus ici. Pour l’instant, le pli est pris et il va falloir s’habituer à se serrer la ceinture, tout en observant ce monde du profit et du luxe prospérer devant nos yeux. Il n’y a aucune issue à la crise parce que les dirigeants en ont décidé ainsi. L’appel du pied à l’Europe suggéré par Fillon signifie que la France n’a pas de mesures précises à proposer ; la tactique de défausse est bien utile et, du reste, bien efficace pour l’opinion. Et puis ne nous plaignons pas. Les mesures prises par le gouvernement, que nous trouvons bien pingres, sont jugées trop généreuses par les instances de l’OCDE qui, elles, ne connaissent pas la crise et ne rechignent pas quand il faut augmenter les salaires des hauts cadres des institutions internationales. Ne plaignons pas pour autant les classes moyennes qui, si par la fortune, elles accédaient au statut supérieur, se soucieraient bien peu du sort des recalés de l’économie. Le monde tourne, nous avec, tâchons avec nos modestes moyens de prendre part au grand manège, d’en trouver l’ivresse de temps à autre, de tourner ensemble avec les joies et les peines, quelle importance cette comédie humaine, ce jeu du paraître, ces existences artificielles par procuration, des omégas 3 et ces gagas devant leur écran de pub qui avalent les couleuvres au noir… no comment, the show must go on !

 

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43362

par bridge publié dans : france
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article

Présentation

Calendrier

Décembre 2008
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Derniers Commentaires

Recherche

Profil

Créer un Blog

 
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus